VOLUME 4
FAIRE TRADUIRE SOUVENT, OU BEAUCOUP ET AVEC METHODE
Chapitre 6 - Savoir de quoi il en retourne - Ne pas avoir l'air d'un Martien sur la planète Traduction
4. Comprendre ce que fait le traducteur
4.1 Traduction standard
Le schéma correspond à celui du traducteur individuel travaillant seul ,
en direct pour un client donné. Il prend en compte toutes les opérations
correspondant à une prestation optimale dans des conditions de délais
(et de budget) adéquates.
1. Le traducteur reçoit le matériau
à traduire (bande son, script, guide utilisateur, contrat, article,
mode d'emploi, adresse ou contenu du site Web…).
2. Le traducteur met le matériau à traduire en place
dans l'environnement de traduction requis ou souhaité. Il mobilise les
matériels, logiciels et autres ressources diverses nécessaires à la
bonne exécution de la traduction. En pratique, il récupère, complète
et met en place le kit de traduction , dont l'essentiel lui est fourni
par le donneur d'ouvrage.
3. Le traducteur prépare la version pour traduction.
Selon les cas, il peut être amené à :
aspirer le site Web, l'analyser, puis séparer ses divers constituants
;
démonter le produit multimédia, extraire les copies d'écrans,
séparer la vidéo du reste, regrouper les animations ;
repérer les débuts et fins de dialogue avant sous-titrage ;
préparer un fichier pour permettre l'utilisation d'un système
à mémoires de traductions ou d'un logiciel de localisation.
4. Le traducteur s'assure que le matériau à traduire
est " bon pour traduction ". Il vérifie que ce matériau ne comporte
pas de fautes, d'erreurs, d'omissions, ou de défauts techniques susceptibles
d'avoir des répercussions négatives sur la traduction.
5. Le traducteur repère :
tout ce qui, dans ce qu'il doit traduire, lui paraît ambigu ou
peu clair ou " bizarre " : il interrogera l'auteur ou le concepteur
du matériau sur ces questions (Cf. infra).
la terminologie qui risque de poser problème (terminologie technique,
terminologie maison, sigles et acronymes, etc.), parce qu'il lui
faudra trouver les équivalents exacts(Cf. infra) ;
les points ou segments dont le traitement nécessite des connaissances
spécialisées, parce qu'il doit connaître le sujet
et tout comprendre (Cf. infra).
tout ce qui pourrait être traduit de plusieurs façons différentes
, parce qu'il sollicitera l'accord du donneur d'ouvrage sur les
options à retenir (Cf. infra).
tout ce qui fera l'objet de traitements particuliers et ne se
traduit pas de manière standard , parce qu'il devra respecter
des contraintes particulières (Cf. infra).
6. Au besoin, le traducteur consulte le donneur d'ouvrage
(ou l'auteur du texte ou le concepteur du produit) sur les " anomalies
" réelles ou supposées qu'il a détectées dans le matériau à traduire.
7. Le traducteur interroge le donneur d'ouvrage sur
les options à retenir et sur les traitements particuliers qu'il envisage.
Dans la pratique, ceci signifie souvent que le traducteur présente les
options possibles et que le donneur d'ouvrage avalise celles qui lui
semblent les meilleures.
8. Si les conditions le permettent, le traducteur effectue
l'étude du ou des produits et/ou processus auxquels se rapporte le matériau
à traduire. Au besoin, il effectue une véritable " documentation du
sujet ". Cette phase est cruciale parce que le traducteur ne peut pas
bien traduire s'il ne connaît pas parfaitement le sujet. Elle l'est
tout particulièrement lorsque le traducteur n'est pas un " technicien
du domaine ".
9. Le traducteur mobilise toute la matière première
linguistique dont il aura besoin : la terminologie et la phraséologie,
mais aussi les mémoires de traduction déjà constituées. Dans la mesure
du possible, il fait valider cette matière première par le donneur d'ouvrage.
10. S'il y a lieu, le traducteur réalise un ou plusieurs
échantillons de traduction qu'il soumet au donneur d'ouvrage pour validation
et accord, après d'éventuels réajustements.
11. Le traducteur réunit tous les éléments prévalidés
: le matériau bon à traduire, les mémoires de traduction, la documentation,
la terminologie, la phraséologie.
12. Le traducteur " traduit ".
13. Le traducteur relit et corrige sa traduction et/ou
la fait relire et corriger par un ou plusieurs relecteurs ou réviseurs.
14. Le cas échéant, le traducteur reconstitue le matériau
après traduction. Il peut ainsi, par exemple, réintégrer des copies
d'écran, recompiler le programme, sortir ses fichiers de l'environnement
de traduction, les rétroconvertir, les reformater, appliquer les styles
et formats requis, réorganiser l'ensemble.
15. S'il y a lieu, le traducteur teste et " qualifie
" le résultat. Pour ce faire, il s'assure que le matériau traduit et
éventuellement remonté ou réassemblé fonctionne bien, que les éventuels
divers composants sont homogènes, et que tout est conforme.
16. Le traducteur prépare la traduction pour livraison
et la transmet au donneur d'ouvrage, qui peut effectuer ou faire effectuer
des contrôles de qualité complémentaires.
17. S'il y a lieu, le traducteur effectue les corrections
et/ou modifications demandées par le donneur d'ouvrage.
18. Le traducteur effectue la livraison définitive
et finale.
On retiendra surtout de ce qui précède que la prestation
du traducteur inclut plu-sieurs éléments parfois très complexes. En
tout état de cause, le traducteur consacre toujours du temps (et
parfois énormément de temps) à :
un ensemble de préparatifs techniques et de manipulations du
matériau à la fois avant et après la traduction proprement dite
;
la documentation et l'étude du sujet (il suit parfois même une
véritable formation) ;
la récupération et la validation de la terminologie et des autres
matières premières qui entreront dans la fabrication de son " produit
" ;
de multiples contrôles de qualité.
Il est fréquent aussi que le contrôle de qualité inclue
une révision par un tiers.
Il est également fréquent que le traducteur partage avec divers partenaires
la charge d'exécuter l'ensemble de la prestation. Il peut ainsi être
amené à collaborer avec :
un informaticien chargé de démonter et remonter le logiciel ou
le site et de produire les exécutables ;
un technicien audiovisuel assurant les transferts et analyses
de bandes ;
un opérateur de PAO chargé de la mise en page et de la préparation
du cédérom ;
un(e) documentaliste ;
etc.